CAMP D'AL-BIREEN, Yémen, 18 septembre (Reuters) - L orsque le camp qui leur servait temporairement d'abri au Yémen a été bombardé cette semaine, Rawya Hassan et sa famille n'ont pas hésité à fuir à nouveau, laissant derrière eux leurs animaux et le reste de leurs biens.
La famille, qui avait déjà été contrainte de quitter son village il y a huit ans à cause de la guerre civile et des attaques de rebelles, a désormais trouvé refuge dans le camp d'al-Bireen.
"Nous vivons dans la terreur, sous les roquettes, sous les missiles," a-t-elle déclaré, en préparant du pain dans un four en argile de fortune, au milieu des cabanes et des acacias du petit camp.
Le conflit entre les Houthis, soutenus par l’Iran, et les forces alignées sur le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite s'était apaisé après une trêve conclue en 2022, mais les combats ont repris il y a deux semaines, dans le sillage de la guerre qui oppose l'Iran aux États-Unis.
Les Houthis ont conduit des attaques contre des villes et infrastructures en Arabie saoudite et progressé vers le détroit de Bab el-Manded, qui commande l'accès à la mer Rouge. Ripostant à cette offensive, les forces saoudiennes et gouvernementales yéménites ont bombardé des cibles rebelles.
Alors que les Houthis s'emparaient la semaine dernière de la ville portuaire de Mokha et de la partie sud de la côte yéménite de la mer Rouge, une vague de personnes déplacées s'est enfuie vers les zones contrôlées par le gouvernement.
Parmi les déplacés se trouvaient Hassan, 48 ans, et sa famille composée de sept enfants, originaire d’un district isolé de la province de Taïz, une région de contreforts escarpés et arides située entre la côte et les hauts plateaux du centre du Yémen.
"Nous nous sommes enfuis pieds nus. Nous ne savions même pas où se trouvaient nos enfants. Nous n'avions rien avec nous, ni couvertures, ni matelas, ni nourriture, ni boisson, rien," a-t-elle raconté, décrivant les obus qui tombaient et les avions de combat ou les drones qui tournaient au-dessus de leurs têtes.
Sa sœur aînée, Rawda, s'était réfugiée avec les enfants de Rawya au camp d'al-Bireen, où toute la famille s'est retrouvée le lendemain de l'attaque.
Les deux femmes disent désormais que la famille dépend entièrement de l'aide humanitaire. Rawda, un foulard orange enroulé autour de la tête, a déclaré qu'ils ne savaient plus où aller.
LE RETOUR SOUDAIN À LA GUERRE A POUSSÉ DE NOMBREUSES PERSONNES À FUIR
Un nombre croissant de personnes a fui le long du littoral de l'océan Indien, depuis le détroit de Bab el-Mandeb, à l'embouchure de la mer Rouge, en direction d'Aden, pour rejoindre des camps installés aux abords de la ville, où s’alignent des rangées de tentes blanches.
Um Mohammed a expliqué que sa famille s'était enfuie de Mokha lorsque les Houthis ont avancé vers la ville la semaine dernière. L'arrivée du groupe rebelle l'a inquiété, son fils étant mort dans le conflit.
À leur arrivée au camp d'al-Firdaws, la famille n’a reçu que de minces matelas et de vieilles couvertures pour la tente où elle trouve désormais refuge, a précisé Um Mohammed.
"Ils nous ont installés au milieu du désert. Nous avons beaucoup souffert," a-t-elle déclaré en faisant bouillir de l'eau dans une bouilloire posée sur un petit feu de brindilles, ajoutant qu'ils avaient perdu leur bétail, leurs vêtements et leurs couvertures en partant.
Dans le camp où la famille a trouvé refuge, de jeunes enfants jouent dans le sable et des femmes transportent de grands seaux d'eau depuis des citernes amenées par des camionnettes. Les travailleurs humanitaires s'affairent pour distribuer des rations alimentaires.
Les combats au Yémen ont repris de plus belle sur plusieurs fronts, les Houthis utilisant des drones et des missiles balistiques tandis que l'Arabie saoudite bombarde avec ses avions de combat les quartiers tenus par ce groupe.
Rien n'indique un apaisement prochain des violences.
Près de 115.000 yéménites ont été déplacés ces derniers jours en raison de l'intensification du conflit au Yémen, selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), agence des Nations unies, a déclaré vendredi que près de 3.000 personnes avaient fui le Yémen vers Djibouti, traversant le golfe d'Aden à bord d'embarcations surchargées.
(Reportage de Reuters au Yémen; rédigé par Angus McDowall; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)

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